Interview : Voir ce qu’on ne voit pas

Sur la rigueur intellectuelle que porte le Mises Institute, ainsi que son application à la période folle actuelle...

Voici la première suite de l’interview de Jeff Deist, président du Mises Institute, par Saifedean Ammous. Cette fois, ils évoquent la rigueur intellectuelle que porte le Mises Institute, ainsi que son application sur la période folle que nous venons de vivre.

Bonne lecture à tous.


Revenons au Mises Institute. Parlez-moi de l’histoire de l’Institut. Comment fut-il lancé et quelle était sa mission initiale ? Je sais que Murray Rothbard y joua un rôle, ainsi que Lew Rockwell. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ?

JD : Eh bien, le Cato Institute allait accueillir Rothbard, et Rothbard avait l’intention d’y créer un avant-poste autrichien, viable et véritable. Les gens savent rarement cela. Le Cato Institute débuta à San Francisco. Murray Rothbard y était, là-bas, avant de déménager à Washington. L’idée était «d’austrianiser»1 l’économie de libre marché, qui était embourbée dans le monétarisme et Milton Friedman. Elle était embourbée dans la théorie de l’offre au début des années Reagan. C’était l’objectif, mais Rothbard s’est brouillé avec le Cato Institute. Il estimait qu’ils s’éloignaient de l’économie autrichienne pure et dure.

Par suite, Lew Rockwell fut impliqué et fut mis en relation avec la veuve de Mises, Margit. Lew avait rencontré Margit et Ludwig von Mises alors qu’il travaillait chez Arlington House Publishing. Lew et Murray avaient un sympathisant au conseil d’administration de Auburn University. Auburn avait aussi quelques professeurs sympathisants dans le département d’économie au début des années 1980. Lew vint donc en Alabama, et avec le recul, ce fut un coup de chance.

Les think tanks de Washington sont si mauvais, et si corrompus, qu’il nous faut tourner le dos à tout cela. Il nous faut tourner le dos à Washington, à Bruxelles, à l’ONU, au FMI (Fonds monétaire international) et à toutes ces organisations. Avec le recul, nous avons donc tiré un grand bénéfice de notre implantation hors du Beltway.2

Au départ, nous étions impliqués dans le département d’économie de la Auburn University. Je tiens à préciser que nous payions un loyer à l’université d’Auburn. Puis Lew commença à réunir des fonds en propre et nous pûmes construire un bâtiment de l’autre côté de la rue. Nous avons agrandi ce bâtiment plusieurs fois depuis.

Au fil des ans, nous avons tenté d’être un lieu où l’économie autrichienne pouvait être explorée à fond. Contrairement à certains de nos détracteurs, nous ne nous limitons pas à Mises, Rothbard et Hoppe. Vous pouvez parcourir nos archives et trouver de vastes volumes de travaux par Carl Menger, ou Eugen von Böhm-Bawerk ou Friedrich von Wieser, et de nombreux autres économistes de la tradition.

Ne pas fuir les implications

Nous revendiquons certainement le courant misessien de la praxéologie pure, que Rothbard a amélioré, et nous n’en fuyons pas les implications. De plus, Mises et Rothbard écrivirent sur tout. Mises était intimement impliqué dans la chambre de commerce de Vienne. Nous n’avons jamais esquivé les implications de la praxéologie pure, de la théorie pure.

Nous n’avons jamais évité de peser les implications, comme Mises le fit dans Libéralisme et Nation, État, et Économie, tels la sécession, les mouvements séparatistes et la décentralisation radicale. Nous n’avons jamais eu peur du mot «sécession ». Nous n’avons jamais eu peur de discuter ouvertement et d’envisager les ramifications de l’anarcho-capitalisme pur, de l’absence d’État, comment la défense, la police et les tribunaux pourraient être fournis par le marché. Avons-nous vraiment besoin d’un gouvernement minimal ? Nous n’avons jamais eu peur de débattre si la démocratie est une bonne ou une mauvaise chose. Est-ce vraiment la seule façon d’organiser la société ? La démocratie sociale est-elle l’expression finale et accomplie de l’organisation politique dans l’Occident du XXIe siècle ? Est-elle le point final des lumières du libéralisme ? Eh bien, non, clairement pas. La démocratie en Occident aura produit plusieurs désastres au XXe siècle. J’aime donc à penser que nous avons été sans concession. J’aime à penser que nous avons perpétué l’absence de concession, ou mieux encore, le courage de Mises et Rothbard.

SA : Je pense, évidemment, que les critiques prendront tout écart par rapport à la propagande étatique sur le thème du : «Vous êtes inflexible et vous êtes dogmatique», et bien sûr, ce n’est qu’une projection. Si on n’est pas d’accord avec la fenêtre d’Overton du débat accepté par Washington, alors on est pris pour un fanatique dogmatique. Mais en réalité, la largeur intellectuelle du débat au sein de l’Institut Mises lui-même est bien plus large que l’espace politiquement correct de n’importe qui à Washington. C’est fort étonnant

Au sein du Mises Institut, comme vous l’avez dit, la sécession et la démocratie, ce sont des sujets qui sont discutés, et il y a des gens qui y sont favorables et d’autres qui y sont opposés. Et ils se réunissent dans les réunions et ils en discutent, et c’est d’ordinaire fort cordial et respectueux et intellectuel. C’est bien plus que ce qu’on peut dire du débat plus large dans l’arène publique générale, où il y a une idée claire de ce qui est considéré comme acceptable : un éventail très étroit entre les Républicains et les Démocrates.

L’immigration est un autre thème. Au sein du Mises Institute, il y a beaucoup de débats sur ce sujet. Le sujet de l’immigration met certaines personnes mal à l’aise, mais l’Institut est un lieu où l’on peut entendre les différents angles de cette question et comment elle devrait être abordée. De même le rôle de la police, le rôle de l’armée et le rôle de l’État en matière de défense nationale. Il y a une énorme variété de perspectives au sein du Mises Institute, qu’on ne trouve pas dans le débat général. Dans mon esprit, c’est exactement comme pour l’économie : la perspective étatique, la perspective de la propagande étatique, est absolument limitative et étouffante.

Et comme vous le disiez plus tôt, on ne sait trop si les gens sont devenus plus fous ou si Internet nous a fait réaliser que les gens sont plus fous. Les gens sont clairement devenus plus fous, en particulier sur les vingt derniers mois environ, depuis que toute l’affaire du coronavirus a commencé. Le monde est vraiment, vraiment devenu fou. Même les plus fanatiques, les plus hystériques aujourd’hui, appelant encore à des fermetures et à des confinements, même ces gens, si on leur avait parlé en 2019 pour leur demander : «Votre adversaire politique veut faire ceci. Qu’en pensez-vous ?», auraient dit : «C’est de la folie !» Et pourtant, un an plus tard, s’était exactement leur exigence, chez tout le spectre politique. C’est profondément illibéral, à un point qui était inimaginable pour la grande majorité du monde, et au-delà de la démocratie libérale occidentale.

Les gens sont devenus fous

C’est partout dans le monde, dans les pays d’Amérique latine, dans les pays d’Asie, cette idée que sortir de son domicile exige l’autorisation du dieu local de la santé, et la capacité à ouvrir son affaire, et combien de personnes on peut accueillir dans sa boutique, et les heures d’ouverture. Tout cela est devenu la compétence de quelqu’un qui n’est pas élu et dont la seule crédibilité est le fait qu’il fut mis là par la mafia mondiale de la santé publique.

Tous les acteurs de la santé publique avant 2020 avaient discuté des possibilités de pandémies diverses, et même dans les cas de choses bien plus mortelles que cela, jamais [ce qui nous a été imposé] n’était parmi les stratégies. Un confinement complet de la population n’a jamais été considéré comme une stratégie viable. Ils savaient que ce serait inefficace, et c’est inefficace, et cela a prouvé son inefficacité. Ils savaient que ce serait massivement destructeur, d’une manière qui causerait bien plus de dégâts que la maladie pourrait bien faire, et c’est exactement ce qu’on voit.

C’est tout à votre honneur que dès le premier jour, le Mises Institute ait été très clair sur ce point. Vous ne prenez pas l’argent de Bill Gates et vous ne prenez pas l’argent de l’Organisation Mondiale de la Santé. Tout le reste 3 est financé par ces organisations criminelles, et puis soudainement, les ordres de marche furent reçus, synchronisés. Un jour, on se réveille et tout le monde veut qu’on reste à la maison ; et le lendemain, tout le monde veut qu’on porte une couche sur le visage, et le lendemain, tout le monde veut qu’on ne prenne pas de médicaments à l’efficacité prouvée, parce que «la science» dit de ne pas les prendre et qu’ils sont sans efficacité. Tout le monde chante la même rengaine

Et pourtant, le Mises Institute a dit dès le premier jour : «Non, les fermetures sont insensées. Les gens peuvent prendre leurs propres décisions.»

C’est incroyable, cette base dans la tradition libérale, la vieille tradition libérale, le libéralisme du XIXe siècle. C’est comme un vaccin contre les dommages cérébraux causés par les médias. Peu importe combien la propagande devient insensée, peu importe le nombre de vidéos de gens tombant malade en Chine qu’on voit à la télévision. Vous avez pris vos piqûres de Mises. Vous avez lu les livres de neuf cents pages et [vous savez que] ça ne marchera pas.

Et les bitcoiners dès le début, je dirais, les bitcoiners furent parmi les très rares à dénoncer cela. J’ai personnellement été interpelé par beaucoup d’idiots et j’en suis très heureux maintenant, parce que j’ai fini par éliminer un nombre énorme de boulets et d’idiots de ma vie grâce à cela. Mais en mars 2020, il était extrêmement rare que quelqu’un dise : «Non, je ne pense pas qu’il faille obliger les gens à rester chez eux.»

JD : En repensant à mars 2020, cela me rappelle la période juste après le 11 septembre [2001] en Amérique. Il y avait ce sombre sentiment dans nos cœurs, mais pas lié au virus ; c’était lié à ce que notre gouvernement pourrait faire en réponse au virus. Et donc c’était très similaire au 11 septembre. Avec le recul, je pense que le covid aura peut-être été pire que la «guerre globale contre le terrorisme» de Bush-Cheney-Ashcroft.

Les réponses étatiques au covid ont été presque universelles autour du monde, c’était donc sans précédent. On n’a pas connu cela avec la grippe espagnole, ni lors des deux guerres mondiales : les gens dans Londres sont toujours allés travailler, même pendant la Blitz Krieg ! Tout est mondial désormais, dirigé par l’Occident. Il faut vraiment prendre cela pour du néocolonialisme, où l’Occident prend des décisions et le reste du monde obtempère. Ce n’est pas une situation saine. C’est de l’impérialisme politique.

Il y a quelque deux cents pays sur cette planète. Ils devraient tous exercer un pouvoir de décision interne souverain, de mon point de vue. J’aimerais voir mille ou dix mille pays. Alors peut-être verrait-on quelques approches alternatives face au covid. Le covid aura été une période fort effrayante. Je suis aussi cynique que quiconque quant à la politique et l’État gestionnaire, que ni Trump ni Biden n’ont réussi à contrôler. Mais les gestionnaires ont tenu le récit en vie tout le long : deux semaines pour aplatir la courbe, les vaccins rendront la vie de nouveau normale, prenez votre troisième dose.

Or en mars 2020, tout le monde pensait que tout serait terminé à la fin de l’été. Sûrement, on serait de retour à la normale à l’automne. Mais ça n’est pas arrivé. C’est à couper le souffle, c’est assez effrayant.

Censés être là pour aider à voir ce qu’on ne voit pas

Ce monde avait assez de problèmes avec la monnaie, les droits sociaux et la guerre avant les politiques covid. Ce qui est si remarquable, c’est que les économistes et les spécialistes des sciences sociales auraient dû tirer la sonnette d’alarme. Que quelqu’un soit un expert en santé public, soi-disant, que quelqu’un soit un médecin, ne signifie pas être en mesure de prendre des décisions coût-bénéfice pour la société dans son ensemble. C’est insensé. On ne permet en rien aux scientifiques de diriger nos vies.

Vous savez, pendant la Blitz Krieg à Londres, les gens allaient travailler. Pendant la grippe espagnole, les gens allaient travailler, donc l’idée qu’on abandonne tout, tels des enfants, et qu’on cède son pouvoir personnel de prendre des décisions à ces médecins est sans précédent. Les médecins n’ont pas à décider si les restaurants restent ouverts, ou si on peut prendre l’avion, ou si les enfants restent à la maison, hors de l’école. Les économistes sont censés être là pour nous aider à voir ce qu’on ne voit pas.

Qu’est-ce qu’on ne voit pas ? Ce qu’on ne voit pas, c’est le coût d’opportunité, les arbitrages, tous les préjudices qui s’abattront sur notre société et notre économie au cours des dix, vingt ou trente prochaines années suite à ces confinements.

Les adolescents ont perdu un an et demi … jusqu’ici. Les jeunes enfants en croissance voient ces visages masqués. Qu’en sera l’incidence sur le développement de la petite enfance ? Combien de gens ont pris dix ou quinze kilos, et comment mesurer cela à travers une économie, à travers le temps, en termes de diabète, de mort précoce, et toutes les choses qui viennent avec l’obésité, toutes ces choses pas vues qui sont très dures à mesurer ?

Fauci 4 a insinué qu’il pourrait y avoir des millions de morts, ce qui n’était pas vrai, mais même si cela avait été vrai, il aurait quand même fallu envisager des arbitrages. C’est là où les économistes nous ont trahis. Les économistes auraient dû s’affirmer il y a deux ans, en disant : «Attendez, il faut parler de ce qui n’est pas visible.»

SA : Nous avons eu un économiste de la London School of Economics sur notre podcast, The Bitcoin Standard, Paul Frijters. C’est un économiste empirique et vraiment pas un Autrichien, tout à ses chiffres. Il était choqué de constater qu’il était une exception. J’ai fréquenté la LSE, l’Université de Columbia, et j’ai beaucoup étudié l’économie empirique, avec beaucoup d’économistes empiriques, et je sais que ces gens essaieront de calculer et de mesurer les plus obscurs et ésotériques des moindres détails et conséquences des choses.

En pire : les empiristes

Par exemple, ils reçoivent des centaines de milliers de dollars pour étudier quel est l’incidence du don à un village africain d’un léger surplus de nourriture pour les enfants d’un an. Puis ils suivront ces nourrissons sur dix, vingt ans de leur vie et quantifieront l’effet sur leurs revenus et leur QI et leur taille et sur tout le reste. Il y a une énorme industrie d’économistes empiriques ici-bas mesurant l’effet de toutes sortes de choses.

Vous et moi y voyons des problèmes car, en fin de compte, sans théorie, cela ne dit rien, et bien sûr, cela peut être utilisé et détourné de plein de façons différentes. Je m’attendais quand même à voir ces fous de statistiques prendre la parole et dire : «Eh bien, vous savez, si l’on doit arrêter le monde pendant deux semaines», ce qui était prévu au départ, «voici l’incidence ; voici combien de gens vont mourir du chômage et combien de gens vont mourir de la pauvreté ; voici combien de diagnostics de cancer seront retardés, voici combien de cas de malaria on verra mourir, voici combien de patients atteints de tuberculose on verra mourir parce qu’ils ne recevront pas leur traitement, de patients atteints du SIDA, etc. etc.»

Et pourtant, tous ces économistes empiriques, lèche-bottes du régime, ne faisaient que ressasser la même propagande que venue de l’Organisation mondiale de la santé et de toutes les autres organisations. Ce n’était que : «Oh, eh bien oui, il faut faire ceci car sinon des millions de gens mourront, selon le modèle.»

Et soudain, ces modèles, ces modèles complètement absurdes où des millions de personnes meurent, furent pris comme s’ils étaient la simple réalité. Alors les économistes empiriques se mirent à mesurer combien de vies furent sauvées, en comparant avec le modèle.

Mais, bien sûr, en ignorant les cas flagrants de la Suède et de la Biélorussie, qui jamais ne mirent en place de confinement et ni ne virent ces dévastations et ces morts massives que tout le monde évoquait.

Comme je l’ai dit plus tôt, c’est tout à l’honneur du Mises Institute et des économistes autrichiens d’être parmi les très rares économistes à s’élever contre cela, sans le besoin de passer par des mathématiques sophistiqués. Je pense que c’est une condamnation accablante de ces mathématiques sophistiquées car, même si j’apprécie beaucoup ce que Paul Frijters a fait, cela montre clairement que les nombres sans théorie, les nombres sans cadre directeur, les nombres sans base praxéologique, reviennent à des prostituées qui peuvent dire tout ce qu’on veut.

Il suffit de concentrer son analyse sur une partie de l’histoire et l’on peut faire en sorte que ces confinements aient l’air bien, ou l’on concentre son analyse sur autre chose et l’on peut faire en sorte que ces confinements semblent néfastes.

C’est pourquoi ces économistes empiriques sont si faciles à manipuler, pourquoi ils disent n’importe quoi : parce qu’il suffit de financer les questions qu’on veut. On les finance pour qu’ils examinent les nombres qu’on veut examiner. On fait des hypothèses sur combien le fait de rester à la maison a sauvé de vies, puis ils peuvent passer deux ans de plus à faire des analyses de régression pour dire combien de vies auront été sauvées.

Ils n’ont pas besoin de regarder ce qu’on ne voit pas. Ainsi, le simple fait de conceptualiser l’invisible sans aucun chiffre est bien plus puissant et bien plus utile que toutes les mathématiques sophistiquées qu’on pourra déployer quand on est financé pour ignorer l’invisible.

JD : Vous évoquez l’Afrique. Il y a cette idée en Occident où nous serions simplement riches pour toujours, que cette richesse matérielle qui nous entoure s’organisera d’elle-même quoi que nous fassions, qu’importe les incitations. On n’aurait pas à s’en préoccuper.

La folle « MMT »

On pourrait donc fermer de grandes parties de la chaîne d’approvisionnement pendant un an ou deux et dire aux gens qu’ils n’ont pas à travailler. On pourrait accorder aux employeurs des prêts PPP (Paycheck Protection Program : Programme de protection des salaires) pour qu’ils puissent verser leurs salaires sans produire les biens ou services qu’ils produisent d’ordinaire. On pourrait dire aux gens qu’ils n’ont pas à payer leur loyer. Ces choses seraient tout simplement sans coût.

Je pense que l’Américain moyen à ce stade pense que ces actions sont sans coût parce que l’État a l’argent. L’administration fédérale a le pouvoir illimité d’émettre de la devise souveraine au besoin, c’est ce que soutient la MMT (Modern Money Theory : Théorie monétaire moderne). Et cela s’est répercuté chez les politiciens. On peut tout simplement créer de la monnaie pour toujours et à jamais.

Imaginez que vous iriez voir un conseiller financier vers vos vingt ans, plutôt qu’à la trentaine ou à la quarantaine. Si vous épargniez de l’argent plus tôt, du moins à l’époque où l’on avait des taux d’intérêt, l’effet cumulatif des intérêts composés vous permettait de bien mieux vous en sortir. Ainsi, quand on renonce à deux ans de production économique, que que cela signifie-t-il pour le monde dans quelques décennies ? Que cela signifie-t-il pour l’accumulation de capital et la prospérité future ? Comment peut-on mesurer cela dans le temps ?

Nous ne le saurons jamais, je suppose, mais ce qui me frappe, c’est cette acceptation dans l’Occident. La Gauche adore cela, car désormais, quiconque travaillant à ces emplois pénibles et mal payés chez Subway pour huit à dix dollars de l’heure a un nouveau pouvoir de négociation dans la relation patrons-syndicats. Peut-être ne retourneront-ils jamais à ces emplois. La Gauche adore cette idée d’un «Grand Reset», car elle pense que la richesse existe perpétuellement en Occident et qu’il n’y a simplement qu’à la répartir plus équitablement.

Qu’importe que des milliards de gens aient à se lever et produire de la richesse chaque jour. Ils pensent que l’électricité, l’eau courante chaude et froide, un Starbucks à chaque coin de rue, des voitures et des avions se matérialiseront ainsi, sans s’intéresser aux incitations. C’est la mythologie dangereuse se cachant derrière les arrêts du covid : la production est acquise.

SA : Oui, je pense que c’est la Gauche, mais que c’est aussi le monde «fiat». 5 C’est fiat par excellence. C’est le monde des gens qui pensent que l’État peut dicter simplement ces choses. La raison faisant qu’on a toutes ces choses qui fonctionnent, la raison faisant qu’on entre dans une maison qui est protégée des éléments, qui a l’électricité et tous ces appareils étonnants, c’est parce que le gouvernement a voté une loi et a dicté que les maisons devaient être ainsi.

Ils ne perçoivent pas la quantité de travail qui y fut consacrée, et pour moi, le couronnement de ce type de dysfonctionnement mental vient quand les gens vous disent : «Eh bien, désormais, que suggérez-vous, les bitcoiners, de faire si l’on a une économie qui tourne sur le bitcoin ? Comment feriez-vous pour arrêter le monde avec une économie en bitcoins si vous ne pouvez pas imprimer de monnaie et la distribuer aux gens ?». Et «Échec et mat, les bitcoiners.»

Comme si le fiat permettait de suspendre les lois de l’économie et que l’État n’avait désormais plus qu’à donner de l’argent et qu’ainsi serait créée la prospérité. Über Eats se présente encore à votre porte, vous continuez à recevoir de la nourriture, et votre économie continuera à fonctionner et ronronner sans problème pour encore une décennie parce que l’État imprime de la monnaie alors que vous êtes protégé.

Eh bien, dans une cruelle économie de monnaie saine, si l’on avait de l’or ou des bitcoins et ces diables d’économistes autrichiens aux commandes, alors le régime ne pourrait pas vous protéger en imprimant de la monnaie et vous devriez sortir pour travailler réellement et produire ces choses. C’est une façon tellement insensée de voir le monde, mais c’est vraiment le point de vue des fiat.

Le « Fiat Standard »

C’est l’idée que j’aborde en détail dans The Fiat Standard, car c’est exactement ce que le fiat permet aux gens de croire. Car on regarde autour de soi, et le régime y est constamment capable de donner des choses à prix nul, de prendre des choses à prix nul, de faire des choses à prix nul. Il serait toujours vrai qu’on peut obtenir tout ce qu’on veut.

Veut-on faire de l’Afghanistan une démocratie moderne ? Il suffit d’imprimer un tas de billets et d’aller en Afghanistan. Veut-on faire de l’Irak une démocratie moderne ? Même chose. Quel que soit ce qu’on veut, il suffit d’imprimer de la monnaie pour l’obtenir ; et la seule limite, la seule contrainte, est d’obtenir la volonté politique de le faire. C’est ça, la MMT.

C’est désormais une école de pensée au nombre croissant d’adeptes, surtout des jeunes, car plus on est jeune, plus on a vécu dans ce monde fiat clownesque où la réalité économique est dictée d’en haut, plutôt que le résultat du travail. Il est facile de rire de la Gauche, bien sûr, et je suis toujours là pour rire de la Gauche, mais ce qui est vraiment étonnant, c’est le combien de gens dans la finance qui pensent ainsi.

Combien de gens travaillant dans la finance fiat pensent ainsi ? Un des plus notables est Nassim Taleb, qui a complètement perdu l’esprit sur cette question et n’a absolument aucune conception du fonctionnement d’une économie.

Avec cette nouvelle hystérie ‘omicron’, son copain du WEF (Forum économique mondial), Yaneer Bar-Yam, disait : «Oh, eh bien, nouvelle variante signifie nouvelle épidémie. Il y a besoin de toutes les restrictions rétablies dès le premier jour.» Et Nassim de retweeter, en disant, «Ouaip, on n’a rien appris.» Il n’a rien appris de ces deux dernières années. Il faudrait aller mettre en œuvre tout cela parce que dans son monde, et dans le monde de tant de gens travaillant dans la finance, l’argent n’est que des chiffres sur leur terminal Bloomberg.

L’économie, ce n’est rien qu’être assis, là, et parier sur le fait qu’on aura une bougie verte ou une bougie rouge, et qu’on gagne de l’argent ainsi. Et bien sûr, dans le cas de Nassim, il ne fait même pas de négoce ; il écrit simplement des livres sur le trading et prétend faire du trading sans jamais montrer ce qu’il fait.

C’est juste un jeu. C’est comme un jeu vidéo. Il n’y a pas de ressources réelles, il n’y a pas de capital.

À suivre…

  1. NdT : Infuser la théorie autrichienne au sein des théorie en vogue.
  2. NdT : L’appareil étatique américain, figuré par l’équivalent du périphérique parisien.
  3. NdT : Les autres think tanks.
  4. NdT : Anthony Fauci, Directeur du NIAID.
  5. NdT : Par extension de «fiat money», la monnaie dite «fiduciaire», mais qu’on devrait traduire par «factice».

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire
Veuillez entrez votre nom ici

Derniers articles