Institut Mises France

Distribution vertueuse du Libre Marché vs Redistribution néfaste de l’État

Tax The Rich!

Tax The Rich!

Traduction : Breno Lima

La redistribution est au cœur des problèmes qui affligent actuellement les sociétés occidentales et toutes celles qui les imitent. Une piste nous est fournie par le préfixe « re- » dans ce mot, qui suggère qu’une seconde distribution se fait par-dessus la distribution précédente. L’idée implicite est que cette seconde distribution a lieu parce que la première est jugée défaillante. Or, cette distribution première tient au processus naturel du libre marché, tandis que la seconde distribution — ou redistribution — est organisée artificiellement par l’État.

Distribution du Libre Marché

Le processus naturel de distribution du libre marché tient à sa tendance à l’égalisation de tous les facteurs de production à travers la société. Ce processus est décrit le mieux par Ludwig von Mises dans L’Action Humaine (Human Action – 1949), au chapitre XV, et par Murray Rothbard dans L’Homme, l’Économie et l’État (Tome II) (Man, Economy, and State – 1962), aux chapitres 7 et 8. Comme l’écrit Rothbard, il existe une “tendance générale à l’uniformisation des prix de tous les biens sur le marché”, y compris les biens, services, salaires, taux d’intérêt et les taux de rendement.

La main-d’œuvre afflue (les travailleurs cherchent un emploi) des zones aux salaires relativement moindres vers celles aux salaires plus élevés. Comme l’explique Mises, “tout comme les facteurs matériels de production, le facteur travail aussi est affecté aux emplois où il sert le mieux les consommateurs. La tendance domine  de ne gaspiller aucune quantité de travail pour satisfaire une demande moins urgente si une demande plus urgente demeure insatisfaite.” De même, le capital s’écoule des zones de faibles taux de rendement vers celles aux taux plus élevés ; un processus qui tend naturellement à aligner ces taux ainsi que, selon les termes de Rothbard, “à établir un taux d’intérêt uniforme sur l’ensemble des marchés du temps de l’économie”.

Rothbard a ainsi résumé : « Quelle que soit la forme du marché, le résultat du processus de marché est toujours une tendance à l’établissement d’un équilibre… ». Cet état d’équilibre, également appelé par Mises « économie en rotation uniforme« , est « un système fictif où les prix du marché de tous les biens et services coïncident avec les prix finaux ». Cet état n’est jamais atteint dans le monde réel « de changement constant de réalité, d’échelles de valeur et de ressources ». La distribution du marché libre est une optimisation sans fin de l’utilisation des facteurs de production tels qu’existants à un moment donné.

Puisque les taux d’intérêt, salaires et prix des biens ne sont pas libres de fluctuer aujourd’hui, cette distribution naturelle est gravement compromise, ce qui conduit, dans le temps, à la stagnation que connaissent actuellement bien des économies. Au lieu de donner sa chance au capitalisme pur décrit ci-dessus, l’instinct des planificateurs étatiques, des sachants néo-keynésiens et des amoureux de la MMT (Modern Monetary Theory) est de redoubler lorsque le déclin inévitable survient : ils introduisent d’ordinaire le contrôles des prix, abaissent artificiellement les taux d’intérêt, augmentent la pression fiscale et enflent davantage la dette publique afin de financer des dépenses ne reflétant qu’en partie la demande des consommateurs.

L’inefficacité de la Redistribution Étatique

La redistribution se produit lorsque l’État cherche à améliorer la distribution naturelle du marché libre, mais que ce faisant, il étouffe ce processus de marché et l’empêche de fonctionner correctement. La redistribution massive des revenus se réalise par les bureaucraties étatiques multi-couches, avec des outils tels que l’inflation, la fiscalité, les transferts, le crédit et les subventions.

Il existe une redistribution locale, régionale, nationale et même supranationale ; ce qui est frappant, puisque entre des économies différentes aux assiettes fiscales distinctes. Cette redistribution est motivée par un rejet politique de toute différence culturelle ou géographique en matière de productivité et de niveau de vie. Mais pourquoi les Grecs devraient-ils vivre comme les Allemands s’ils ne produisent pas comme eux ? Au lieu de laisser la distribution du marché libre atténuer ces différences au fil du temps, les zones de haute productivité sont contraintes à la subvention des zones de moindre productivité.

La majorité accepte souvent la redistribution d’un point de vue utilitaire, en se fondant sur l’idée erronée que « tout retourne à la société » et que « rien n’est perdu », de sorte que « tout le monde en profite indirectement ». Mais, comme l’écrit à juste titre le professeur James Rolph Edwards, « il n’est – jamais – possible pour l’État de taxer un groupe de personnes et de redistribuer le même montant à un groupe de bénéficiaires de subventions ». Le professeur Edwards poursuit : « On estime que les organismes publics de redistribution des revenus absorbent environ deux tiers de chaque dollar qui leur est alloué en frais généraux et, dans certains cas, jusqu’à trois quarts de chaque dollar ». La redistribution pourrait donc être rejetée sur la seule base de son inefficacité, sans même évoquer l’éthique.

Mais l’inefficacité de la redistribution va au-delà du simple gaspillage par l’État de revenus effectifs du secteur privé, car elle entame aussi l’incitation au travail, fausse l’investissement et la consommation privés et empêche bien des idées entrepreneuriales de même germer. Ainsi, la redistribution est inefficace aussi parce qu’elle empêche une accumulation de richesse potentielle, au sens où l’entend Bastiat dans « Ce qu’on ne voit pas« . Cela signifie que l’inefficacité en soi constitue un argument moral contre la redistribution.

L’immoralité de la Redistribution Étatique

La redistribution — qu’elle soit depuis les particuliers ou les entreprises — n’est pas seulement immorale car inefficace, mais, plus fondamentalement, car elle viole les droits de propriété privée. Au contraire de la distribution du marché basée sur l’échange volontaire, la redistribution étatique est moralement “mal” car elle est effectuée sans le consentement explicite des propriétaires du revenu. Il en résulte une réduction de l’accumulation de richesse et de la croissance économique du marché libre, ce qui nuit directement et indirectement aux individus et aux entreprises.

Une position charitable et pragmatique serait d’accepter la redistribution organisée uniquement au niveau municipal, selon la règle de la majorité. Cela serait encore une violation de la propriété privée, du moins pour certains propriétaires, mais serait néanmoins moralement bien supérieur à la redistribution nationale (et supranationale) massive actuelle. Mais cela est inacceptable pour la minorité au pouvoir, car cela va à l’encontre des forces de centralisation.

Non seulement la redistribution est moralement “mal”, mais l’État et ses laquais ont en fait l’audace d’utiliser des arguments moraux pour la justifier. La justification morale avancée pour cet interventionnisme est le besoin supposé de « justice sociale », “égalité” ou « solidarité ». Cette conviction est si profonde que ces justifications ne sont rarement remises en question, même par les contribuables nets, qui sont pourtant les plus tondus de tous !

Pour les marxistes, l’objectif était la redistribution extrême « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ». Les socialistes poursuivent l’objectif tout aussi radical de « l’égalité des résultats ». Mis en œuvre, ces plans conduisent généralement, en une génération, à l’effondrement de la société. La version plus modérée, fondée aussi sur la « nécessité » morale d’égaliser la société, c’est-à-dire « l’égalité des chances », est pratiquée depuis des décennies dans les sociétés occidentales, y compris, bien sûr, aux États-Unis, contribuant au ralentissement économique et aux tensions sociales.

Dans le cas de la redistribution par l’inflation, aucune justification morale n’est avancée. Au contraire, la véritable définition de l’inflation — l’augmentation artificielle de la base monétaire et du crédit par l’État via une banque centrale — est toujours occultée. Comme l’écrivait Rothbard, « l’expansion monétaire est un vaste système de redistribution cachée ». Ce secret n’est pas surprenant, car l’inflation est un impôt régressif, du fait que l’effet Cantillon, et que les hausses des prix des produits de base ont plus d’incidence sur les moins nantis. Pire encore, la sagesse conventionnelle veut que l’inflation des prix soit un phénomène naturel, alors même que la distribution du marché libre conduit à une déflation des prix, comme évoqué ci-dessus.

Dans L’Éthique de la Redistribution (The Ethics of Redistribution – 1952), Bertrand de Jouvenel voyait la redistribution des revenus comme également politique, comme une « redistribution du pouvoir des individus vers l’État ». En effet, à mesure que l’État prend un rôle toujours plus important dans le prélèvement, la gestion et l’allocation d’une part toujours croissante du revenu national, un glissement se fait du pouvoir de la société civile vers l’État, qui se traduit souvent par une dépendance frustrante envers la largesse de fonctionnaires puissants mais anonymes.

Le système démocratique aggrave le problème de la redistribution, car l’électorat a tendance à voter pour la promesse de plus d’avantages sociaux. La majorité dirigée contribue ainsi, sans le réaliser, au dépérissement de la société, selon un processus proche d’une « tragédie des biens communs« , où le gain politique à court terme des électeurs devient un préjudice à long terme pour la société, y compris pour eux-mêmes. L’effet pernicieux de la redistribution est d’affaiblir la responsabilité individuelle envers son bien-être personnel, ainsi que l’intérêt pour l’entraide. Il en résulte la croissance d’une bureaucratie centralisée, inefficace et impersonnelle, au lieu d’une coopération décentralisée et d’une charité qui renforcent les liens communautaires dans une société libre.

Marché Vertueux vs État Néfaste

La différence entre les deux types de distribution dans la société est flagrante. La distribution par le marché est un processus libre et volontaire d’optimisation, motivé par les préférences des consommateurs. Elle est donc vertueuse et fondamentalement juste, pleinement respectueuse de la propriété privée. La redistribution par l’État, en revanche, est inefficace, coercitive et souvent arbitraire. Elle est néfaste pour la société et fondamentalement injuste, car elle viole systématiquement les droits de propriété. Il est donc essentiel d’alerter le public envers la redistribution et de le renseigner plutôt sur la distribution naturelle par le marché libre.

Article d’origine paru au Mises Institute.

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